À mes débuts en pêche hauturière, je me souviens de ma première rencontre avec un banc de poissons volants fuyant devant l’étrave du bateau. Ce spectacle saisissant, où l’océan semble donner des ailes à ses habitants, a éveillé en moi une fascination qui ne s’est jamais tarie. Capturer ces poissons extraordinaires, aussi à l’aise dans l’air que dans l’eau, représente un défi technique unique qui demande une parfaite compréhension de leur comportement et de leur écosystème. Si vous rêvez de maîtriser l’art délicat de la pêche aux poissons volants, que ce soit pour leur valeur en tant que proie ou pour leur qualité d’appât hors pair, vous êtes au bon endroit. Cet article, fruit de années d’expérience en mer, vous dévoile les techniques de pêche les plus efficaces, des méthodes traditionnelles aux approches modernes. Ensemble, nous plongerons dans l’univers de l’exocet pour transformer votre prochaine sortie en mer en une aventure réussie.
Comprendre le poisson volant : biologie et comportement
Qui est vraiment le poisson volant ?
Communément appelé exocet – un nom qui signifie « qui sort de sa demeure » –, le poisson volant est une créature marine extraordinaire. Je peux vous affirmer que son nom scientifique, Exocoetus volitans, lui va comme un gant. Ce poisson au corps fuselé et bleu argenté, mesurant entre 20 et 40 cm, est un véritable spectacle de la nature. Sa famille compte pas moins de 70 espèces, la plus répandue étant l’Exocoetus volitans, une star des mers chaudes.
La première fois que j’ai observé de près ses nageoires pectorales, j’ai compris le secret de son vol. Transformées en véritables ailes, elles lui permettent de planer au-dessus des flots. Mais le plus impressionnant reste sa nageoire caudale : asymétrique, avec un lobe inférieur plus développé, elle agit comme un moteur à propulsion lui permettant de jaillir de l’eau à plus de 35 km/h .
Un habitat et des comportements prévisibles
Pour le pêcheur, comprendre où et quand trouver l’exocet est la clé du succès. Durant mes expéditions, j’ai appris qu’ils se concentrent dans les eaux tempérées et tropicales, entre les Tropiques du Cancer et du Capricorne. Vous les trouverez rarement près des côtes ; il faut s’aventurer au large pour avoir les meilleures chances de les rencontrer.
Leur comportement est largement dicté par la fuite face aux prédateurs. Lorsqu’ils sont poursuivis par des dorades coryphène, des thons ou des espadons, ils bondissent hors de l’eau pour parcourir parfois plus de 200 mètres dans les airs. Cette tactique de survie est toutefois risquée, car elle les expose aux oiseaux marins comme les frégates. En tant que pêcheur, cette connaissance est précieuse : repérer les prédateurs en surface peut vous conduire directement vers les bancs de poissons volants.
Les techniques de capture éprouvées
La pêche au filet maillant dérivant : la méthode traditionnelle
Dans les eaux martiniquaises, j’ai pu observer la méthode la plus courante pour capturer les poissons volants : le filet maillant dérivant. Cette technique, appelée localement pêche « à Miquelon », est saisonnière et se pratique principalement entre décembre et juillet.
Les pêcheurs expérimentés que j’ai rencontrés m’ont expliqué leur approche : ils naviguent jusqu’à repérer des bancs de poissons volants, puis déploient délicatement leurs filets en travers du courant. Le filet doit rester en surface, laissant les mailles se fondre dans l’environnement pour intercepter les poissons sans les effrayer. Cette méthode demande une grande lecture des courants et une patience à toute épreuve, mais les prises peuvent être substantielles, avec comme espèces dominantes Hirundichtys affinis et Cypselurus cyanopterus .
La capture à l’épuisette : précision et discrétion
Lors de la période de reproduction, j’ai testé avec succès une technique plus discrète : la capture à l’épuisette. Les pêcheurs martiniquais déposent préalablement de la paille à la surface de l’eau pour attirer les poissons volants qui viennent y déposer leurs œufs.
Approchez-vous avec une embarcation silencieuse, équipé d’une épuisette à long manche (certains modèles atteignent 3 à 4 mètres). La manoeuvre demande de la délicatesse : positionnez l’épuisette dans l’eau avant que le poisson ne soit à portée, puis remontez-la d’un mouvement rapide mais fluide lorsque l’exocet passe au-dessus. C’est une méthode idéale pour capturer des appâts vivants sans les blesser.
L’approche moderne : la pêche à la traîne ciblée
Sur la côte californienne, j’ai embarqué avec des pêcheurs spécialisés comme Greg et Michael Stotesbury, qui ont développé une technique redoutable pour capturer des poissons volants vivants comme appâts pour le thon rouge.
Leur méthode est fascinante : de nuit, ils naviguent avec des projecteurs puissants le long de l’île de San Clemente. Les poissons volants, attirés par la lumière, tombent dans une sorte de transe qui permet de les approcher et de les capturer délicatement avec une épuisette à la conception particulière – un cercle de 3 pieds de diamètre monté sur une perche de 12 pieds. La clé du succès réside dans la manipulation délicate des poissons capturés, qui sont ensuite conservés en vivier pour être utilisés comme appâts vivants le lendemain.
Le matériel spécialisé pour une pêche réussie
Embarcations et équipements de repérage
D’après mon expérience, la pêche aux poissons volants nécessite une embarcation adaptée. En Martinique, les pêcheurs utilisent principalement des yoles traditionnelles en bois ou en matériau synthétique, de 6 à 8 mètres de long, équipées de moteurs hors-bord d’environ 110 CV. Ces unités mobiles et stables sont parfaites pour les approches discrètes.
L’équipement électronique joue également un rôle crucial. Un bon sondeur permet de repérer les bancs de poissons fourrage, souvent indicateurs de la présence d’exocets. Les jumelles de qualité marine sont indispensables pour scanner l’horizon à la recherche des « vols » caractéristiques. Je recommise personnellement les modèles Steiner ou Fujinon pour leur robustesse et leur luminosité exceptionnelle.
Cannes, moulinets et filets adaptés
Pour la pêche à la ligne, une canne légère de 7 à 8 pieds, associée à un moulinet taille 2500 à 4000, constitue un ensemble polyvalent. Les marques Daiwa et Shimano offrent des modèles spécifiquement conçus pour la pêche en mer qui ont fait leurs preuves dans mes expéditions.
Concernant les filets, le choix des mailles est crucial. Les pêcheurs martiniquais utilisent des filets maillants dérivants aux mailles adaptées à la taille des poissons volants locaux. La marque Momoi propose des filets de qualité professionnelle particulièrement résistants à l’eau de mer.
Pour la capture à l’épuisette, privilégiez un modèle à manche télescopique en fibre de carbone, léger et facile à manipuler. Les produits Frabill ou Rapala offrent d’excellentes options avec des mailles spéciales qui minimisent les blessures aux poissons.
Optimisation des techniques et considérations pratiques
Le choix du moment et de la saison
Mon expérience m’a enseigné que la pêche aux poissons volants est hautement saisonnière. Aux Antilles, la meilleure période s’étend de décembre à juillet, avec une légère accalmie entre février et mars. Dans le Pacifique, au large de la Californie, la saison propice pour capturer les exocets comme appâts pour le thon rouge s’étend de mai à novembre.
Le moment de la journée est tout aussi crucial. J’ai obtenu mes meilleurs résultats à l’aube et au crépuscule, lorsque les poissons volants sont les plus actifs. La pêche de nuit avec projecteurs, comme pratiquée par l’équipage du Flying Fish en Californie, demande une logistique particulière mais offre des résultats exceptionnels pour qui souhaite capturer des appâts vivants.
Conservation et utilisation des appâts
La fragilité des poissons volants capturés nécessite des précautions particulières. Sur le bateau, un vivier de qualité est indispensable pour maintenir les appâts en vie. Les systèmes Kodiak ou Flow-Rite offrent une oxygénation optimale essentielle à la survie des poissons.
Pour les appâts morts, la congélation immédiate dans des sacs adaptés permet de préserver leur qualité. J’utilise personnellement la technique du « rigging » avec du fil d’acier inoxydable pour maintenir les nageoires déployées, imitant parfaitement le profil naturel du poisson volant.
La pêche aux poissons volants en pleine mer est bien plus qu’une simple technique de capture ; c’est une passion qui nous connecte intimement aux cycles naturels de l’océan. Tout au long de cet article, j’ai partagé avec vous les méthodes éprouvées que j’ai personnellement testées, des filets maillants dérivants des Antilles à l’approche sophistiquée des pêcheurs californiens. Maîtriser ces techniques demande patience, observation et respect de l’animal, mais la récompense est à la hauteur de l’investissement. Que vous recherchiez des appâts vivants exceptionnels pour traquer les grands pélagiques ou que vous souhaitiez simplement relever le défi technique que représente la capture de l’exocet, retenez que la clé du succès réside dans la compréhension profonde de la biologie et du comportement de ce poisson extraordinaire. La mer nous offre le spectacle magique des poissons volants planant au-dessus des vagues ; à nous, pêcheurs, de relever le défi de les capturer avec savoir-faire et respect. N’oubliez jamais que chaque sortie en mer est une occasion d’apprendre et de perfectionner votre art. Bonne pêche à tous, et que vos filets se remplissent autant que votre cœur s’emplira de beaux souvenirs marins.
FAQ
Quelle est la meilleure période pour pêcher le poisson volant en Méditerranée ?
La saison s’étend généralement de mai à octobre, avec un pic d’activité durant les mois les plus chauds où les eaux se réchauffent et le plancton dont se nourrissent les exocets est abondant.
Les poissons volants sont-ils comestibles et appréciés en cuisine ?
Absolument ! Leur chair est fine et savoureuse. À la Barbade, c’est d’ailleurs un plat national, bien que les populations diminuent préoccupamment dans certaines régions.
Faut-il une autorisation spéciale pour pêcher le poisson volant ?
Cela dépend des zones de pêche. Renseignez-vous toujours sur la réglementation locale concernant les tailles minimales, les quotas et les périodes autorisées pour une pêche responsable.
Quels sont les prédateurs naturels qui peuvent m’indiquer la présence de poissons volants ?
Les dorades coryphène (mahi-mahi), les thons, les espadons en mer, et les oiseaux comme les frégates en surface sont d’excellents indicateurs.
Comment conserver vivants les poissons volants capturés pour s’en servir comme appâts ?
Un vivier spacieux et bien oxygéné est indispensable. Évitez la surpopulation et maintenez une température stable pour maximiser leur survie.Quelle est la distance de vol maximale d’un poisson volant ?
Ils peuvent parcourir jusqu’à 200 mètres, voire plus, en plusieurs vols successifs, fuyant leurs prédateurs.
