L’univers de la chasse au sanglier est en pleine mutation, bousculé par l’arrivée d’une technologie de plus en plus accessible : le drone. Autrefois cantonnés aux loisirs ou au cinéma, ces aéronefs téléguidés trouvent désormais une place controversée dans le sac à dos du chasseur moderne. Leur capacité à survoler des étendues vastes et des couverts denses en fait un outil de repérage particulièrement efficace pour localiser les compagnies de sangliers. Cependant, cette pratique soulève de vifs débats, tant sur le plan légal que sur celui de l’éthique cynégétique. Entre gain de temps, optimisation des battues et remise en cause des traditions, l’utilisation d’un drone pour la chasse cristallise les tensions. Cet article se propose de faire le point, de manière objective et experte, sur les usages, la réglementation et les questionnements profonds que suscite l’emploi des drones dans la chasse au sanglier.
Le Drone comme Outil de Repérage et de Planification
La première application concrète du drone de chasse réside dans la phase de préparation. Équipé de caméras haute définition, voire de caméras thermiques, un drone permet de prospecter de grands territoires en un temps record. Avant une battue administrative, il devient possible d’identifier les zones de remises, d’estimer les effectifs d’une compagnie et de repérer les itinéraires de déplacement des animaux. Cette capacité de repérage aérien offre une vision stratégique inégalée. Pour le responsable de chasse, cela se traduit par une organisation optimisée des postes, une meilleure répartition des chasseurs et une augmentation significative de l’efficacité de l’action de chasse, tout en visant une gestion plus précise des populations.
Les modèles les plus prisés pour cet usage sont des drones robustes et dotés de bonnes autonomies, comme ceux de la marque DJI, notamment les séries Mavic et Matrice. La marque Autel Robotics, avec ses drones équipés de capteurs thermiques de qualité, est également très prisée. L’utilisation d’une caméra thermique est un atout majeur, permettant de détecter la chaleur corporelle des sangliers même à travers une végétation dense ou à la nuit tombante.
La Réglementation Française : Un Cadre Strict et Contraignant
Il est impératif de souligner que l’utilisation d’un drone pour chasser est strictement encadrée par la loi. La réglementation française est très claire : il est formellement interdit d’utiliser un aéronef circulant sans personne à bord pour la recherche, le repérage ou la poursuite du gibier. En d’autres termes, l’usage du drone pendant l’action de chasse est illégal. La détention d’un drone sur un territoire chassé le jour d’une battue peut d’ailleurs être considérée comme une infraction.
Cependant, une nuance existe. Une utilisation en dehors des périodes de chasse, par exemple pour du repérage en journée à des fins de gestion et d’inventaire de la faune, peut être tolérée sous certaines conditions. Ces conditions incluent le respect du code de l’aviation civile (vol en vue directe, below 120m, etc.), le respect de la vie privée et la détention éventuelle d’un certificat de télépilote. Il est donc crucial de se renseigner auprès des Fédérations Départementales des Chasseurs et de la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC). L’utilisation de matériel de marques reconnues comme Parrot ou Skydio ne dispense en rien du respect de cette législation sur les drones.
Les Limites Éthiques et l’Impact sur l’Acte de Chasse
Au-delà de la légalité, le débat s’anime sur le terrain de l’éthique. Pour de nombreux chasseurs traditionnels, l’usage du drone de repérage constitue une forme de braconnage technologique qui dénature l’esprit même de la chasse. Le principe de l’aleas, c’est-à-dire l’incertitude et l’effort de recherche, est considéré comme un pilier de l’acte cynégétique. L’utilisation d’un drone réduirait la chasse à une simple opération de prélèvement, minimisant le rôle du savoir-faire, de la connaissance du terrain et du chien d’arrêt ou de recherche au sang.
D’un point de vue écologique, des interrogations subsistent quant à l’impact du survol des drones sur le stress et le dérangement de la faune, au-delà des seuls sangliers. Les nuisances sonores et visuelles pourraient modifier le comportement des animaux et perturber les écosystèmes. Face à ces questions, des fabricants comme Yuneec ou PowerVision travaillent sur des modèles plus silencieux, mais le problème fondamental persiste. L’association de chasse qui souhaite utiliser un drone se doit d’avoir une discussion de fond sur ces aspects, en confrontant les avantages opérationnels avec les valeurs qu’elle souhaite défendre.
Entre Innovation et Préservation des Traditions
L’arrivée du drone chasse sanglier dans le paysage cynégétique est un phénomène qui ne peut être ignoré. Il représente une innovation majeure, dotée d’un potentiel opérationnel indéniable pour la gestion et l’organisation des battues de sangliers. La technologie, portée par des marques leaders comme DJI et Autel Robotics, offre des capacités de repérage aérien qui étaient inimaginables il y a encore une décennie. La détection thermique permet une vision qui transcende les limitations humaines, promettant une chasse plus ciblée et une gestion des populations potentiellement plus rationnelle. Cependant, cette course à l’efficacité se heurte de front à un cadre législatif strict et à des considérations éthiques fondamentales.
La réglementation drones en France, bien que perçue comme restrictive par certains, vise précisément à préserver l’équité de l’acte de chasse et à empêcher les dérives vers une forme de braconnage technologique. Elle établit une frontière nette entre l’utilisation pour la gestion des territoires et l’usage direct pendant l’action de chasse. Parallèlement, le débat éthique soulève des questions essentielles sur la définition même de la chasse. Est-elle une activité où le savoir-faire, la patience et la connaissance intime du milieu doivent primer ? Ou peut-elle s’adapter sans perdre son âme à toutes les innovations, comme le firent en leur temps le fusil à canon rayé ou la lunette de visée ?À l’heure actuelle, il n’existe pas de réponse universelle. La position de chaque chasseur, de chaque association, variera en fonction de ses valeurs et de ses objectifs. Ce qui est certain, c’est que la maîtrise technique de l’outil, qu’il s’agisse d’un modèle de Holy Stone ou d’un PowerEgg X, doit s’accompagner d’une profonde réflexion collective. L’avenir de cette pratique réside peut-être dans un compromis raisonné, où la technologie sert la gestion durable et la sécurité sans jamais remplacer complètement l’essence du rapport entre le chasseur, son chien et la nature. Le drone pour la chasse est un outil puissant, mais il ne doit pas devenir une fin en soi, au risque de vider l’acte de chasse de sa substance et de sa légitimité aux yeux de la société.
